Disposer des horaires des transports collectifs à l’échelle nationale en France…

Quand le lobby du ferroviaire prend le pas sur la politique de développement du numérique et du développement durable

Savez-vous pourquoi les citoyens ne peuvent pas disposer en France, en 2014, d’un site internet proposant l’ensemble des horaires des transports collectifs allant au-delà du périmètre de chaque région ?

Cela est totalement possible techniquement. L’Allemagne, l’Angleterre les Pays Bas, la Suisse,… l’ont depuis quelque temps mis en œuvre. La France est bel et bien en retard sur ce sujet.

 

Explications

Le transport collectif est géré et financé par plusieurs strates administratives :

  • Les transports urbains (bus, tram, métro, …) sont gérés par les collectivités urbaines
  • Les transports départementaux (notamment scolaires) sont développés par les départements
  • Les transports régionaux (TER et cars) par les régions. SNCF TER, EPIC filiales du groupe SNCF est l’opérateur assurant l’exploitation des TER.
  • Les Trains d’équilibre du Territoire par l’Etat

Les TGV sont gérés par SNCF Voyages, filiale du groupe SNCF.

Comment les citoyens et touristes peuvent-ils être informés sur les horaires et modes de transports publics existants en France aujourd’hui ? :

  • La plupart des régions financent des calculateurs d’itinéraires à l’échelle régionale, appelés également système d’information multimodale (http://www.senat.fr/rap/r13-092/r13-0922.gif). Ceux-ci fournissent de l’information relative aux transports collectifs sur l’ensemble du territoire régional (réseaux urbains, départementaux, régionaux). Ces outils sont peu connus car le budget de communication qui leur est alloué est faible.
  • L’ensemble des régions finance également des sites TER (cf site TER de chaque région), mis en œuvre par la branche SNCF TER. Ces sites poursuivent le même objectif que les calculateurs d’itinéraires développés et financés par les régions ! Pourquoi les régions financent-elles deux outils similaires ?
  • Voyages SNCF, l’agence de voyage de la SNCF (à ne pas confondre avec SNCF Voyages, la branche TGV), dont une part du capital est également détenue par Expedia, dispose de son propre calculateur d’itinéraires (réalisé par l’Allemand Hacon) permettant d’acheter des billets de TGV et de TER.

 

Les relations entre les régions et SNCF TER

Pour mettre en œuvre les calculateurs d’itinéraires à l’échelle régionale, les régions ont besoin des données TER. SNCF TER propose des conventions aux régions : les régions peuvent disposer des données SNCF TER locales seulement si elles mettent en contrepartie à disposition les données de l’ensemble du transport collectif à l’échelle régionale à destination de l’ensemble des branches de la SNCF (TGV notamment et autres filiales du groupe SNCF). Tel est l’état des conventions signées à ce jour entre la SNCF et certaines régions !

D’autres régions paient encore l’accès aux données TER (36 000 euros) qu’elles financent déjà dans le cadre de leur convention TER… quelques régions ont réussi à ne pas rentrer dans le jeu de la SNCF.

Un débat national sur l’ouverture des données du transport a actuellement lieu au sein du ministère du transport.
Dans ce cadre, la SNCF fait évidemment pression pour que les données ferroviaires (TGV) ne soient pas mises en open data tandis que les données du transport collectif gérées par les collectivités seront de fait en open data !

Ce positionnement permet à la SNCF de récupérer l’ensemble des données du transport collectif financé par les collectivités (urbaines et départementales notamment). Son calculateur d’itinéraires permettra ainsi de proposer des itinéraires sur l’ensemble des transports collectifs en France.

Si l’objectif final est intéressant pour l’usager, ce positionnement d’open data unilatéral conduit à une situation de monopole inéquitable pour les autres acteurs du transport collectif puisqu’aujourd’hui seule la SNCF dispose des données TGV !

Sans compter que ce monopole sur le calculateur d’itinéraires national permet à la SNCF de se positionner en position de force au regard d’autres secteurs d’activités : hôtellerie, tourisme, location de voiture…

Parallèlement, le ministère du transport suggère que la SNCF soit retenue pour la mise en œuvre du calculateur d’itinéraires du transport collectif national public demandé par l’Association des régions de France et le GART en 2013…

Quand l’Etat comprendra-t-il que son positionnement en matière d’information relative aux transports collectifs n’est pas constructif, ni pour l’environnement, ni pour l’intérêt de la puissance publique, ni pour l’usager, ni pour les acteurs de la filière du transport collectif, ni pour les start-up du numérique ?

Google s’intéressera très certainement à ces données du transport collectif, comme l’argumente la SNCF, mais de très nombreuses autres petites start-up (également hors du domaine du transport) sont d’ores et déjà intéressées par ces informations pour construire des services innovants et créer de l’emploi ! Le nombre de hackatons proposé à partir de ces données en témoigne !

Il est étonnant de constater que les arguments de risques de désintermédiation par Google avancés par la SNCF (désintermédiation  dont elle fait elle-même peser le risque sur les acteurs français de la mobilité et du voyage) n’ont pas été retenus dans le cas de ses équivalents étrangers que la Deutch Bahn, CFF, Trenitalia, pas plus qu’aux Pays-Bas ou en Angleterre.

Concernant le sujet « Google », ne nous trompons pas de débat : il s’agit de travailler sur régulation concernant les plateformes internet et non pas de mise à disposition des données du transport collectif.

Pia MURGAT

Disposer des horaires des transports collectifs à l’échelle nationale en France…